Donc avec les copains, nous prenons le téléphérique…
Ambiance des grands jours, il y a foule dans le téléphérique.Rendu en haut, ambiance lunaire.

Le déco (2300 ? je ne me souviens plus exactement) est au dessus de la couche d’inversion (1600); la visibilité est exceptionnelle. L’alpes d’huez est à portée d’aile, le Vercors à portée de pierre… le ciel est bleu…

Le conseil est pris, il ne faut pas chercher à gratter en local mais quitter tout de suite Chamrousse pour le Colomb. 2 ailes (mes conseilleurs) ont déjà décollé, je leur emboîte le pas.

Donc feu, je décolle et file vers le Colomb. Ce faisant, je longe des crêtes rocailleuses et sauvages (le grand sorbier ?). C’est beau. Un instant je croise une bulle, j’essaie d’enrouler… elle est trop étroite, je continue
donc mon chemin pour me jeter sur le Colomb. Au passage, le lac robert montre un petit bout de sa couleur qui tranche entre les deux bords escarpés d’une combe rocailleuse.

Vu de loin, le Colomb n’est pas vraiment accueillant : il est (très) raide, sa base est franchement boisée et les vaches sont vraiment loin en plaine. Mais en ce début de vol, je suis tellement bien dans ma tête que (contrairement à mon habitude), je ne cherche absolument pas les vaches “pour au cas où”… Je raccroche le Colomb. Les 2 ailes que je suis ont et accroché et pris du gain voire ils commencent à filer du Colomb. Moi je suis sur une petite barre rocheuse où je zérote mais ne monte pas. Au bout d’un moment, je me décide à m’écarter du relief (10-20m) et là, ça monte. Quelques petits tours, je suis monté d’un étage.

J’avance vers la suite du Colomb où je raccroche une 2e barre rocheuse et là aussi ça monte gentiment. J’écoute la radio si quelqu’un m’appelle, non, ce sont les moutons en bas ! les deux ailes sont sur le sommet du Colomb et le quitte pour la transition suivante. Moi, je fonce vers la dernière arrête du Colomb pour voir où ils vont… Ils ont trop d’avance pour que je reste avec eux mais au moins je compte voir où ils raccrochent. Je les perds de vue quand ils passent derrière une ligne de crête intermédiaire. Je travaille un peu cette crête tout en revenant régulièrement sur mes pas voir où en sont Marc et Prez. Crévindiou, je suis trop lent mais alors, eux, qu’est-ce qu’ils lambinent ;-§ Un moment je passe au niveau du sommet arrondi du Colomb mais tout de suite après je redescends dans les profondeurs de ma ligne de crête. Tout au fond, sur les 7 laux, une nuée de delta balisent un thermique.

Bon, je commence à me lasser de cette barre rocheuse. Surtout que le thermique est assez étroit, il est parfois un peu violant : a un moment, je fais une jolie asymétrique en cours de virage et je me retrouve face au relief. Je  décide de quitter mes copains-qu’avancent-pas. Je rejoins le haut de la barre rocheuse et vais pour entamer la transition. En fait, le Colomb se prolonge par un autre cirque. Je le longe et ça monte du tonnerre de feu de dieu. Je survole le sommet (plateau) où les randonneurs font une halte.

J’entame la transition. En fond de combe, un petit lac d’altitude étincelle de toutes ses couleurs bleu intense, vert profond. C’est magnifique, j’en ai encore plein les mirettes. Je dégaine mon appareil photo et prends un
cliché. Je remarque alors des petits points blancs tout autour du lac : des touristes qui essayent de recréer l’ambiance “cote d’azur” Qu’est-ce que je suis bien là haut !
J’accroche une ligne de crête et je recommence le même cirque que tout à l’heure : je suis obligé d’envoyer des virages assez violents pour rester dans la zone ascendante qui est étroite. Les turbulences périphériques sont
relativement puissantes et chaque fois que je côtoie la sortie de la zone thermique cela me fait perdre autant que j’ai gagné auparavant. A un moment, une bulle un peu plus puissante passe. Je mets ma brave Bonanza sur la tranche et gagne suffisamment de gaz pour aller jusqu’à la fin du relief. D’autres lacs tout aussi beaux sont dans les vallées juste après. Vraiment très joli ce coin… si le vol n’était pas si chouette, ça donnerait envie de se poser voire marcher pour aller y faire un tour. J’ai perdu de vue les deux parapentes après lesquels je courais, mais la compet delta me balise un thermique à portée de finesse. Feu ! Je n’assure même pas de plein avant de partir. Je me cale au fond de la sellette, j’utilise mon 1er barreau pour optimiser ma finesse selon les taux de chute et j’attaque une longue transition. Je suis monstre serein. Ça se passe super bien, je profite du paysage.

Pendant la transition, je croise la compet delta. Impression surréaliste de voir un essaim de mouettes foncer droit dessus, de passer au travers de ces volatiles sans perturber leur vol, leur glisse devrais-je dire. Un petit parapente fait la route avec eux… le gars doit assurer comme une bête, mais ça ne reste pas le même vol !

Je rejoins le thermique que quelques attardés me balisent encore. Je n’ai même pas cherché à exploiter la montagne que j’ai longée : je suis sûr de mon coup et ça ne vaut pas la peine de perdre du temps en cours de route. Je rejoins donc une zone qui doit être ascendante, au milieu de nulle part à la verticale d’un petit éperon herbeux. Ils font de larges cercles, bien disciplinés, ils respectent les règles de priorité et enroulent tous dans le même sens (y a des leçon à prendre pour nombre de parapentiste de ce coté là). Bref, c’est véritablement un régal que de se joindre à eux… sauf que mon taux de montée est quand même moins bon. Je décide de tenter le noyau. Ça marche ! Je me mets à les enrhumer … quoi que… ils m’ont vu faire et du coup, ils me rejoignent au noyau. Même s’ils n’enroulent pas tout à fait aussi serré, ils montent plus vite. Je me rends compte que, pour certains, je les fais ovaliser leurs thermiques vu que je leur fais souvent l’intérieur au cours de mon cercle. Je choisis de ne pas changer de méthode pour ne pas les surprendre. Je profite de cette jolie zone d’ascendance pour faire un véritable plaf à 2500.Ensuite, j’enquille ma transition suivante. Je me fais déjà rattraper par les plus rapides d’entre eux qui sont déjà sur le retours ! Impression féerique de glisse. J’enfonce mon 2e barreau pour rester un peu au contact. C’est vrai que ça plane bien leurs machins ! (Mais je suis bien sous ma Bonanza). Ils me balisent le thermique suivant. Re-feu. J’essaie de les prendre en photo, mais le groupe s’est dispersé.

De grande transition en gros thermique, j’avance jusqu’au 7 laux. La station me déçoit : après tous ces beaux lacs, elle est aride. Les thermiques y sont (relativement) absents. Je vois les deltas enrouler comme des fous à la
connexion entre Pipay et le Pleynet. Je suis trop bas sur Prapoutel pour les rejoindre. Une aile bleue me rejoint. Je crois que c’est Marc ; appel radio, incompréhension, le Prez me croit posé. Non ce n’est pas Marc : l’aile est trop fine, trop allongée. C’est le gars qui suivait la compet delta avec son parapente. Les deltas, eux, s’extraient de cette zone où je patauge. Finalement, nous n’exploitons pas la même masse d’air Frown leur finesse leur permet de quitter la zone faiblement ascendante où je me suis englué pour rejoindre le relief un peu plus au fond où ils enroulent une autre zone faiblement ascendante pour ensuite rejoindre leurs copains dans le gros thermique balisé.
A force de travail lent et patient, j’arrive à gratter quelques mètres puis à transiter avec succès (après quelques échecs) sur le relief. Je n’assure pas assez le gain sur ce relief et pars vers le gros thermique dont les
deltas sont maintenant partis. Je n’ai pas assuré et je me retrouve à finir ma transition en soaring le long d’une butte herbeuse douce. Je suis obligé de faire le tour de piquets qui balisent un circuit VTT ! je regarde mon
vario : je suis à 2080, encore en descente. Gaffe, la couche de stabilité monte jusqu’à 1600, si je descends trop, je suis cuit. Finalement, ça reprend pas trop mal et je rejoins le sommet de cette butte. C’est un décollage
avec une manche à air qui me balise le vent. Je me laisse dériver par ce vent pour rejoindre la base du thermique qu’exploitaient les deltas il y a encore peu de temps. Il y a visiblement deux sacs en attente sur le déco et moi je monte …. Je fait un plaf à 2500 après avoir fait _le_ point bas du parcours (en fin, du moins c’est ce que je crois à ce moment). Là il y a deux options : une jolie petite chaîne boisée qui descend en pente douce jusque le lac
d’Allevard ou bien prendre par derrière la Belledonne et ses sommets (2900…). Le gars à Chamrousse m’a conseillé de passer par derrière. Mais la vallée, à fond de France, n’est vraiment pas accueillante. Les montagnes assurent une continuité du vol mais si on rate, il doit falloir une semaine pour rejoindre la civilisation ! j’opte pour la 1e solution. C’est celle qu’on suivit les deltas. Je m’enfonce vers le grand rocher. Le vario dégringole. J’enfonce mon barreau pour m’échapper. Je me retrouve au grand rocher au niveau de la ligne de crête (10 mètre au dessus). La pente est douce face au nord-ouest d’où vient le vent, le sommet est caillouteux où le thermique doit exister. Je zérote puis trouve le thermique. Il me monte de 50 mètres et me fait assez fortement dériver sous le vent de la crête. A la radio Jean nous demande où nous sommes. Tient, il y a donc
des êtres vivant sur la fréquence. Je réponds. Marc m’entend et me donne des nouvelles : il arrive aux 7 laux. Mais du coup, j’ai perdu le thermique. Je zone et ne le retrouve pas. Je suis tellement bas que j’estime ne plus
pouvoir franchir le rideau d’arbre en bas de l’alpage que je survole ! il ne me reste plus qu’à longer cet alpage en soaring pour limiter les pertes…. Je croise un thermique. Et hop, un petit coup de tranche de Bonanza et me voilà à une altitude plus raisonnable Wink je continue ce thermique salvateur que je ne lâche pas. Il me monte à 2600.

Je vois quelques deltas qui ont pris l’option de la Beldonne. Ils sont au fin fond de la vallée… ils vont se vacher, c’est sûr. Les autres deltas ont rejoint Allevard.
Ils sont bas, au niveau de Malatrait. Deux parapentes sont aux Plagnes. Je commence la transition. Calé au fond de ma sellette, je vois défiler les arbres. Je ne descend pas bien vite, mais
ça descend de façon irrémédiable. Au cours de la transition, je m’aperçois que j’ai un maillon d’accélérateur complètement ouvert. Bien vu l’aveugle ! et ta prévol ? de toute façon, je n’ai que ça à foutre dans
cette longue transition, je revisse donc ce maillon. J’observe, je vois une aile se poser à la digue. Malatrait ne semble pas donner grand chose mais les deltas ont réussi à s’en extraire. Moi, je sens que mon vol va se terminer la bas. Ce n’est pas sûr du tout que je raccroche. Je lance un message radio à Marc lui faisant part de mes inquiétudes. Je suis à une cinquante de mètres de distance des antennes quand je vois une aile (très fine, c’est vrai), 50m au dessus de moi et un peu plus loin trouver _le_ thermique. Il l’enroule sur la tranche et monte. Je me dirige dans cette zone mais je franchis une zone de turbulence où je perds trop d’altitude. Je n’arrive pas à trouver le thermique salvateur. Je rejoindrais en finesse l’atterro de secours au milieu d’Allevard. 2 virages et je suis posé. Marc retourne se poser à la digue.

Ce vol ne représente pas des centaines de kilomètres. Mais vraiment, il est à faire ne serait-ce que pour le départ de Chamrousse et ses lacs. D’autre part, merci messieurs les deltistes ! Votre vol est vraiment grâcieux. J’ai adoré partager votre glisse quelques instants. Et, en plus, de glisser bien, vous glissez “propre” en respectant les autres, bravo et merci.