J’ai pas tout compris

Quand le Grand Som descend vers la vallée d’après (le Guier vif, juste avant la traversée de Saint Pierre d’Entremont), un dernier petit relief me permet de faire un bon plein. Je suis presque aussi haut que sur le Grand Som. Devant moi le relief devient de plus en plus bas … mais je vais avoir une sacré transition pour rejoindre le Beauvoir et je risque d’avoir un peu de nord dans le pif. Une gradient (Golden ?) est beaucoup plus haut que moi, mais je préfère ne pas perdre de temps et d’influx à chercher un moyen miraculeux pour gagner une altitude qui de toute façon ne permettra pas de sauter la prochaine étape. Il faut faire le plein sur le massif de devant (la cochette) avant de sauter sur le Beauvoir. La golden perds tout son gaz dans la transition.

J’entame la transition à ~50km/h. Dans le lointain, sur le site de Bande dessus, je vois une aile qui vole dans le bocal. Je rentre dans une couche de vent. La vitesse dégringole, la finesse aussi Frown , seul le sol monte. En sortie de (la) vallée (du Guier vif), je vois 2 ailes de compet qui sont en bas, sur le bord d’un petit plateau, juste avant la vallée. Ils se sont certainement fait surprendre et sont en mode survie pour tenter de trouver quoi que ce soit.

Je regarde les vaches sur le plateau … puis je re-concentre sur le relief. Je trouve un petit appuis dynamique puis un petit bout de thermique qui me permettent de rebondir sur le début de l’arrête en direction de la Cochette. Je suis rejoins par PiRK et ensemble nous farfouillons l’Outheran pour essayer de trouver comment il marche. Le thermique est tout péteux, tout biscornu. Bref, c’est avec beaucoup de difficulté que je parviens à faire un plein que j’espère suffisant pour me jeter sur le Beauvoir. J’entame ma transition. Peu après je suis suivi par PiRK.

En plein milieu de vallée, vertical la nationale, je trouve une zone qui monte de partout. Je ne comprends pas ce qu’elle fait là (une confluence ?). Je commence par faire quelques tours dedans, me disant que ça m’aidera toujours à faire la transition vers Bandes. Puis je deviens optimiste : j’ai pris tellement d’altitude que je vais pouvoir éviter le point bas à Bande et me jeter directement sur le mont Grêle. Avec le gaz supplémentaire, la transition s’annonce bien. Je suis à 45 km/h au GPS. Je profite du paysage, le lac d’aiguebelette, les petits nuages bas dans la plaine …

???je rentre dans une dégueulante … Le mont Grêle est tout de suite moins gagné. Plus je descends et pire c’est. Les basses couches sont encore plus apocalyptique et le refrain change du tout au tout. Ma vitesse s’effondre de 45 à 30km/h. Je me concentre sur la masse d’air malgré ma vessie qui commence à se rappeler à mes bons souvenirs. J’ai des champs de dégagement sur ma droite si jamais je n’arrivais pas à raccrocher la falaise… Des bullettes ! Je crois que je suis sauvé, j’avance pour éviter cette vache qui serait désagréable. Non ! ce n’étaient pas des bullettes mais des remous. Je rentre maintenant dans un venturi. J’ai passé les champs de dégagement, ma seule option est de franchir la falaise. Mais visuellement ça ne peut plus le faire. Je suis résigné à finir dans les arbres tout en continuant le tout pour le tout. Le GPS oscille entre 2km/h et … 9 km/h le vario hurle à la mort un -3 / -4 m/s. La falaise met un temps fou a avancer. La vue des arbres me saute à la gueule. Le dégagement par la falaise semble inaccessible. Je suis un peu anxieu de savoir comment ça va se finir, un peu résigné d’aller me brancher, mais je reste en train de calculer des options. Malgré ces calculs, je maintiens mon cap du mieux que je peux dans cette fin de vol chaotique. J’essaye d’optimiser ma finesse pour enfin dégager de la falaise. Finalement je franchi la barrière avec une quinzaine de mètres de hauteur par rapport aux arbres, après une transition de près de 900m de dénivelé !

Avec le recul, je ne comprends toujours pas vraiment ce venturi ! Certes le météo était plutôt orienté nord et la chartreuse à tendance à aspirer par un courant d’ouest. Mais les cum en plaine étaient parfaitement rond … Ils ne montraient pas la moindre dérive. Toujours est-il que j’ai réussi (par miracle) à passer le mont Grêle. Je suis le long des falaises et la composante Nord est bien présente. Je n’avance qu’à une trentaine de km/h. ça ne fais pas beaucoup. Il faut que je garde encore un peu de gniak pour boucler le retour et ma vessie commence à “être bien présente” dans ma tête. J’essaye d’informer PiRK de mon intention de faire rapidement demi tour tout en cherchant une formulation pour ne pas le décourager : Château Richard est chapeauté d’une énorme cumulus. je me dis qu’avec la gniak qu’il a (PiRK) il devrait pouvoir tourner la dent du chat sans trop de problème (juste à faire gaffe à ce nord .. mais qu’est-ce qu’il fout là ce nord aussi fort ?).

Je fais une balise juste après le col du Crucifix puis je retourne sur le mont Grêle. Un peu avant les lignes électriques, alors que je suis en appuis dynamique, je trouve le thermique assez classique, qui décale -assez classiquement aussi- en ouest. Je me laisse bien décaler et ainsi je monte à ~1800m. Il me reste à trouver le chemin pour rentrer à Saint Marcel. Je ne l’ai jamais fait, mais je sais qu’en théorie il faut retourner après les grille-pain où le thermique monte beaucoup plus haut et permet de bien aller vers l’Outheran. La dérive du thermique m’a déjà bien décalé en vallée. Je peux rejoindre le massif en face, ça va m’éviter de me faire secouer -moi et surtout ma vessie- sur le mont Grêle. J’entame donc la transition sur le petit mont de l’autre coté de la vallée (si quelqu’un connait son nom ? après St Thibaud de Couze).

Très rapidement la transition tourne au cauchemar. Ce coup-ci, je me prends du Sud dans la poire ! Mais c’est quoi ces vents ? Je suis à moins de 30km/h, ce n’est vraiment pas une illusion !! Je sais que je commence à accuser la fatigue en plus de la vessie qui me prive d’une partie de mon cerveau. Je commence à avoir des doutes sur le fait que je pourrais boucler. Je me vois vacher dans cette vallée. Bon, il y a une grosse route en bas (la nationale) mais je n’ai pas envie de faire du stop.

Sur l’arrête entre le petit mont et la vallée de la Gorgeat, j’aperçois une aile qui enroule. Je devrais pouvoir raccrocher un peu plus haut que l’endroit où il enroule (menfin s’il n’y avait pas eu ce sud, j’arrivais directement au sommet du mont). pendant ma transition, j’aperçois une autre aile qui glisse à l’ouest, sous les lignes THT (effet d’optique ?) … il a le moral le gars ! Finalement j’arrive à peu près au même endroit que j’ai vu l’aile enrouler. Je ne cherches pas longtemps le thermique. Il part bien de l’arrête et monte en dérivant vers l’intérieur de la chartreuse. Est-ce la même qui glissait en face ouest ? je vois une autre aile qui glisse (encore sous les lignes THT) mais en face Est de la vallée ! du grand n’importe quoi … ou bien ma vessie commence à me jouer de sacrés farces.

Au sommet de mon thermique, j’ai à peine une altitude suffisante pour me jeter sur le massif immédiatement derrière. Le paysage est austère. Le fond de vallée est raviné et boisé. La combe est sauvage, la première maison est vraiment très loin. Il faut impérativement que ça reprenne. A peine plus loin, j’entre-aperçois le site du pas de la fosse où nous avions projeté des plans sur la comète il y a de nombreuses années avec les copains pour escalader le Granier. Je garde l’option dans un coin de ma tête si jamais ça ne marche pas ici. De toute façon, il faut que ça marche ! J’ai du mal à analyser les brises, mais j’ai trop peu d’altitude pour explorer le coin. Mince, je suis en mode “pessimsite”… il faut que je positive ! L’aile qui a escaladé l’arrete tout à l’heure est au sommet de la pointe de la Lentille (merci la carte que j’ai sous les yeux). Alors que les choses semblent gagnées pour lui, je le vois se prendre une asymétrique. Son aile part en hélico puis disparaît derrière la ligne de crête. Je passe la montée de la Lentille à analyser la dérive ouest… surtout ne pas se laisser embarquer dans les rouleaux derrière la ligne de crête, mais il faut quand même que j’accepte un peu de dérive pour accompagner le thermique. J’aperçois alors le sommet de son champignon qui balise l’endroit où son secours s’est posé. Je ne vois pas de mouvement et je ne peux pas me rapprocher. Un Cessna arrive par le Granier et lui tourne autour. Chouette, avec son moteur il peut y rester à loisir et déclencher les secours.

Pages : « »